Colorants alimentaires et santé : quel lien avec le diabète de type 2 et le cancer ?

Une forte consommation de colorants est associée à un risque accru de diabète de type 2 et de cancer

Les données récentes issues de la cohorte NutriNet‑santé suggèrent que certains colorants et conservateurs alimentaires — présents dans de nombreux produits industriels — sont associés à une augmentation du risque de maladies chroniques. Ces travaux épidémiologiques, conduits entre 2009 et 2023, montrent des associations statistiques entre niveaux d’exposition déclarés et survenue de diabète de type 2, de cancers et d’hypertension, et invitent les autorités sanitaires à réexaminer la sécurité de ces additifs.

Quels additifs ont été étudiés et comment l’exposition a‑t‑elle été mesurée ?

L’analyse utilise les enregistrements détaillés de consommation alimentaire fournis par les participants de la cohorte NutriNet‑Santé (plus de 100 000 personnes). Les volontaires ont déclaré marques et produits consommés lors d’enquêtes répétées de 24 heures, ce qui a permis d’identifier la présence d’additifs. Au total, les chercheurs ont détecté 37 colorants et 58 conservateurs dans les enregistrements ; toutefois, seuls les additifs consommés par au moins 10 % des participants (10 colorants et 17 conservateurs) ont été évalués individuellement.

Que montrent les associations avec le risque de diabète de type 2 ?

Dans l’étude portant sur le diabète de type 2 (108 723 participants et 1 131 cas incidents), une exposition élevée aux colorants alimentaires était associée à une augmentation moyenne de 38 % du risque comparée aux personnes les moins exposées. Des surrisques ont été observés pour plusieurs colorants pris individuellement, avec des estimations allant approximativement de 39 % à 49 % selon l’additif (ex. caramels, colorants de la famille des caroténoïdes E160, bêta‑carotène E160a, caramel ordinaire E150a, curcumine E100, anthocyanes E163). Ces associations restent des liens épidémiologiques et ne démontrent pas de causalité.

Quel est le lien observé entre colorants et cancers ?

Sur 105 260 participants inclus dans l’analyse cancer, les colorants alimentaires, pris globalement, étaient associés à une augmentation de 14 % du risque de cancer incident. Pour le cancer du sein, l’augmentation était estimée à 21 % au total et à 32 % pour les cas postménopausiques. Certains additifs, comme le bêta‑carotène (E160a), étaient associés à un surrisque de 16 % pour le risque de cancer global et de 41 % pour le cancer du sein ; le caramel ordinaire (E150a) était associé à une hausse d’environ 15 % du risque de cancer global. Là encore, il s’agit d’associations observées dans les données, pas d’une preuve de causalité directe.

Que disent les résultats sur les conservateurs et les maladies cardiovasculaires ou l’hypertension ?

Une autre étude citée a évalué les conservateurs. Pris dans leur ensemble, les conservateurs étaient associés à une augmentation d’environ 24 % du risque d’hypertension chez les plus exposés. Les conservateurs non‑antioxydants montraient une association plus marquée : +29 % pour l’hypertension et +16 % pour les maladies cardiovasculaires ; les conservateurs antioxydants étaient associés à +22 % pour l’hypertension. Parmi les conservateurs analysés individuellement, certains ont été associés à des surrisques importants (par exemple sorbate de potassium E202 : +39 % pour l’hypertension ; acide citrique E330 : +25 % ; acide ascorbique E300 : +15 % pour maladies cardiovasculaires).

Comment les chercheurs ont‑ils contrôlé les facteurs de confusion ?

Les analyses ont intégré un grand nombre de variables susceptibles d’influencer les résultats : caractéristiques sociodémographiques, consommation de tabac et d’alcool, activité physique et qualité nutritionnelle globale du régime (apports énergétiques, sucres, sel, graisses saturées, fibres, etc.). Les personnes déjà atteintes de la pathologie étudiée au début du suivi ont été exclues de chaque modèle. Ces ajustements réduisent le risque de biais, mais ne suppriment pas entièrement la possibilité d’un facteur confondant non mesuré.

Que peut‑on retenir pour son alimentation au quotidien ?

  • Les études renforcent les alertes concernant l’alimentation ultratransformée : les additifs non essentiels (colorants, conservateurs) y sont plus fréquents.
  • Les auteurs préconisent que les autorités sanitaires réévaluent la sécurité de certains additifs à la lumière de ces nouvelles données, en intégrant une approche bénéfice/risque pour les conservateurs.
  • En attendant ces évaluations, les recommandations nationales (PNNS) conseillent de limiter l’exposition aux additifs non essentiels et de favoriser les aliments peu transformés.

Exposition Association observée (augmentation du risque)
Colorants (global) +38 % pour diabète de type 2 ; +14 % pour cancer global
Colorants (exemples individuels) Variations ≈ +39 % à +49 % pour diabète selon l’additif ; bêta‑carotène associé à +16 % (cancer global) et +41 % (cancer du sein)
Conservateurs (global) +24 % pour hypertension (plusieurs conservateurs liés aussi aux maladies cardiovasculaires)
Conservateurs individuels (exemples) Sorbate de potassium (E202) +39 % HTA ; acide citrique (E330) +25 % HTA ; acide ascorbique (E300) +15 % maladies cardiovasculaires

Important : il s’agit d’études observationnelles utilisant des données de consommation déclarées. Les résultats décrivent des associations statistiques et ne prouvent pas qu’un additif soit la cause directe d’une maladie.

Les auteurs insistent sur la nécessité d’un réexamen réglementaire des additifs et rappellent les conseils de santé publique existants : réduire la consommation d’aliments ultratransformés et privilégier les produits peu ou pas transformés lorsque c’est possible.

Source des travaux : chercheurs affiliés à l’Inserm, Inrae, universités et Cnam, qui ont utilisé les données de la cohorte NutriNet‑Santé (2009–2023).

Remarque de prudence : cet article résume des résultats de santé publique et n’est pas un avis médical personnalisé. Pour toute question concernant votre santé, consultez un professionnel de santé.

FAQ

  • Les additifs cités provoquent‑ils le cancer ou le diabète ?
    Les études rapportent des associations entre niveau d’exposition déclaré et risque accru de certaines maladies, mais elles ne démontrent pas de lien de causalité direct. Des évaluations complémentaires par les autorités sanitaires sont nécessaires.
  • Comment savoir si un produit contient ces additifs ?
    Les additifs sont indiqués sur l’étiquette par leur nom ou leur code européen (ex. E100–E199 pour les colorants, E200–E299 pour les conservateurs). Les auteurs ont utilisé précisément ces informations remontées dans la cohorte.
  • Faut‑il supprimer complètement les produits transformés de son alimentation ?
    Les recommandations officielles encouragent à limiter les aliments ultratransformés et à privilégier les aliments frais ou peu transformés, sans nécessairement exclure totalement tous les produits transformés selon les situations individuelles.
  • Ces résultats vont‑ils changer la réglementation ?
    Les chercheurs demandent une réévaluation de la sécurité de certains additifs par les autorités sanitaires. Toute modification réglementaire dépendra de ces réexamens et d’évaluations complémentaires.
  • Peut‑on réduire son exposition aux additifs facilement ?
    Oui : lire les étiquettes, préférer aliments bruts (fruits, légumes, céréales complètes, protéines simples) et limiter snacks, plats préparés et boissons très transformées réduit généralement l’exposition aux additifs.

Etude publiée dans Inserm (communiqué sur les analyses issues de la cohorte NutriNet‑Santé).

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