Comment assurer la prise en charge de la NASH et de la MASH en soins primaires ?

Comment assurer la prise en charge de la NASH et de la MASH en soins primaires ?

La maladie hépatique liée au dysfonctionnement métabolique (MASLD, anciennement NAFLD) est courante en soins primaires : elle associe une accumulation de graisse dans le foie et des facteurs cardiométaboliques. L’objectif pour le médecin traitant est de repérer les patients à risque, d’écarter d’autres étiologies, d’évaluer la sévérité (en particulier la fibrose) et d’orienter la prise en charge, essentiellement non médicamenteuse.

Qui faut‑il cibler pour le dépistage ?

Le dépistage systématique dans la population générale n’est pas recommandé. En revanche, il doit être envisagé chez toute personne présentant au moins un facteur de risque cardiométabolique (obésité, diabète, hypertension, dyslipidémie, syndrome métabolique) ou chez ceux chez qui une anomalie hépatique a été retrouvée (élévation des transaminases, image de stéatose à l’imagerie).

Patient assis lors d'une consultation avec professionnel de santé discutant facteurs de risque cardiométaboliques
Dépistage ciblé chez les patients présentant facteurs de risque cardiométaboliques.

Quels examens initiaux demander et quelles causes rechercher en priorité ?

Au premier contact, deux priorités : éliminer une cause alternative ou associée (alcool, hépatites virales, hémochromatose…) et obtenir les éléments biologiques permettant de calculer un score simple de fibrose. Les examens utiles comprennent notamment :

  • ASAT (AST), ALAT (ALT) et numération plaquettaire (pour le calcul du FIB‑4) ;
  • Sérologies pour hépatites B et C (dépistage recommandé au moins une fois dans la vie pour l’hépatite C) ;
  • Bilan martial (ferritine, saturation de la transferrine) selon le contexte clinique ;
  • Quantification de la consommation d’alcool (outil simple : AUDIT‑C) et appréciation clinique des signes de cirrhose (ascite, angiomes stellaires, splénomégalie, circulation collatérale).

Certaines situations doivent faire suspecter une autre maladie que la MASLD : cholestase marquée (élévation des phosphatases alcalines), cytolyse très importante (>10× la normale), ferritine très élevée (>1 000 μg/L) sans syndrome métabolique, ou saturation de la transferrine >45 %.

Comment évaluer la fibrose en médecine de ville ?

La quantification de la fibrose conditionne la suite du parcours de soins. Le FIB‑4 est l’outil simple le plus utilisé : il combine l’âge, l’ASAT, l’ALAT et le nombre de plaquettes. Sa force est sa valeur prédictive négative : un résultat bas permet de rassurer et d’éviter un avis spécialisé immédiat ; un résultat élevé impose un approfondissement.

Intervalle FIB‑4 / FibroScan Interprétation Action recommandée
FIB‑4 < 1,30 Risque faible de fibrose avancée Suivi en soins primaires ; réévaluer selon le risque (voir rythme)
FIB‑4 ≥ 1,30 Probabilité augmentée de fibrose Référence à un hépato‑gastro‑entérologue pour tests spécialisés (FibroScan, tests sanguins)
FibroScan < 8 kPa Faible probabilité de maladie sévère Retour en soins primaires possible
FibroScan 8–12 kPa Zone intermédiaire Suivi spécialisé et surveillance accrue
FibroScan > 12 kPa Forte probabilité de fibrose avancée Prise en charge spécialisée

Les tests spécialisés (élastométrie type FibroScan, panels sanguins comme l’ELF) sont plus performants mais plus coûteux ; certains ne sont pas disponibles ou non remboursés à l’heure actuelle. En pratique : si le FIB‑4 est élevé, orienter le patient vers le spécialiste pour ces examens.

Que proposer pour la prise en charge initiale en première ligne ?

Les modifications du mode de vie sont la pierre angulaire du traitement et s’appliquent à tous les patients :

Assiette équilibrée de type méditerranéen avec légumes, poisson et huile d'olive
Conseils alimentaires centrés sur un régime de type méditerranéen pour réduire la stéatose.

  • Conseils alimentaires centrés sur un régime de type méditerranéen (fruits, légumes, céréales complètes, légumes secs, poissons gras, huile d’olive, fruits à coque ; limiter viandes rouges, produits transformés, sucres raffinés et alcool) ;
  • Activité physique régulière : viser environ 150 minutes par semaine d’effort d’intensité modérée (ou 75 minutes d’intensité élevée) et réduire la sédentarité ;
  • Objectifs de perte de poids graduels : ≥5 % pour diminuer la stéatose, 7–10 % pour réduire l’inflammation hépatique, et >10 % si l’on vise une possible réversion de la fibrose.

Chez les patients obèses réfractaires aux mesures hygiéno‑diététiques, la chirurgie bariatrique peut être envisagée selon les critères usuels (IMC ≥ 35 kg/m² avec comorbidités ou IMC ≥ 40 kg/m²).

Le traitement des comorbidités (équilibre glycémique, prise en charge du syndrome d’apnées‑hypopnées, contrôle de la dyslipidémie) contribue également à l’amélioration hépatique. Pour le diabète de type 2, la metformine reste le traitement de première intention ; les agonistes du récepteur GLP‑1 peuvent être privilégiés chez des patients à IMC élevé en raison d’un bénéfice cardiovasculaire et de perte de poids (décision à individualiser).

Traitements médicamenteux prometteurs et limites actuelles

À ce jour, il n’existe pas en France de médicament spécifiquement homologué pour les formes avancées de MASLD. Des essais récents ont montré des résultats encourageants pour certaines molécules ; par exemple, un agoniste thyroïdien hépatotrope (resmetirom) a reçu une autorisation par la FDA aux États‑Unis en mars 2024 et fait l’objet de recommandations européennes pour des cas de fibrose avancée ou de MASH avec fibrose significative, avec un processus d’autorisation en cours en Europe. De nombreux essais (dont des agonistes multiples combinant GLP‑1/GIP/glucagon) sont en cours : ces options restent à suivre dans le temps et doivent être discutées au cas par cas avec un spécialiste.

Organisation du suivi en pratique pour le médecin traitant

La majorité des patients (ceux sans fibrose avancée) peuvent être suivis par leur médecin traitant. Exemples de rythme de surveillance :

  • Patients diabétiques ou avec syndrome métabolique : recalcul du FIB‑4 tous les 1–2 ans ;
  • Autres patients à risque moindre : FIB‑4 tous les 2–3 ans ;
  • Après un épisode avec FIB‑4 ≥ 1,30 mais exploration spécialisée rassurante (FibroScan < 8 kPa), une réévaluation par FIB‑4 peut être envisagée à 3 ans.

En cas de fibrose avancée ou de cirrhose confirmée, le suivi doit être conduit en collaboration avec l’hépato‑gastro‑entérologue. Les patients cirrhotiques nécessitent un dépistage semestriel du carcinome hépatocellulaire par imagerie ; l’échographie peut être limitée par l’obésité et il est parfois nécessaire d’alterner avec une imagerie en coupe.

La prévention des complications de la cirrhose (rupture de varices œsophagiennes) repose sur l’endoscopie ou la prescription de bêta‑bloquants non sélectifs en prévention primaire, selon l’évaluation spécialisée.

Remarque importante : la principale cause de mortalité chez les patients atteints de MASLD est d’origine cardiovasculaire ; le dépistage et le traitement des facteurs cardio‑métaboliques restent donc essentiels.

Disclaimer : Ce texte fournit des informations générales et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de doute ou pour une prise en charge spécifique, adressez‑vous à un professionnel de santé.

FAQ

  • Qui doit calculer le FIB‑4 et comment l’interpréter ?
    Le FIB‑4 peut être calculé par le médecin traitant à partir de l’âge, des ASAT, ALAT et du nombre de plaquettes. Un score <1,30 indique un faible risque de fibrose avancée ; ≥1,30 nécessite une évaluation spécialisée.
  • Faut‑il dépister l’hépatite C systématiquement ?
    La recherche d’anticorps anti‑VHC est recommandée au moins une fois dans la vie ; en cas de positivité, un dosage de la charge virale doit être réalisé pour confirmer l’infection active.
  • Quel régime conseiller à mes patients ?
    Un régime de type méditerranéen est recommandé : richesse en fruits, légumes, céréales complètes, poissons gras et huiles végétales, avec limitation des produits ultratransformés, des sucres raffinés et de l’alcool.
  • Combien de temps faut‑il pour constater une amélioration après perte de poids ?
    Des améliorations de la stéatose peuvent être observées après une perte de poids ≥5 %. Des réductions de l’inflammation et, à terme, de la fibrose demandent des pertes plus importantes (7–10 % ou >10 % selon l’objectif) et du suivi régulier.
  • Les statines sont‑elles contre‑indiquées en cas de MASLD ?
    Non : la prise en charge de la dyslipidémie est recommandée et les statines peuvent être introduites, sauf si la cytolyse est significativement élevée (par ex. ALAT >100 UI/L), situation qui mérite une évaluation spécialisée.
  • Que faire si l’échographie n’est pas fiable chez un patient obèse ?
    La fixation d’un diagnostic et la surveillance peuvent nécessiter une élastométrie (FibroScan) ou une imagerie en coupe ; ces examens sont discutés avec le spécialiste si la qualité de l’échographie est insuffisante.

Etude publiée dans : Recommandations européennes (juin 2024) sur la prise en charge des stéatoses hépatiques liées au dysfonctionnement métabolique.

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