Les incendies qui frappent la Gironde et les Landes depuis le 22 juillet 2026 ont généré un volume important de fumées traversant la région et au‑delà : près de 46 000 hectares partis en fumée, plus de 250 000 personnes évacuées et plus de 200 logements détruits. Au‑delà des dégâts visibles, les fumées posent des questions de santé publique : que contiennent-elles réellement, jusqu’où elles voyagent, qui est le plus exposé et que faire pour se protéger ? Voici une synthèse des éléments fournis par l’Anses, l’ARS Nouvelle‑Aquitaine et Santé publique France, présentée de façon pratique et prudente.
Sommaire
Que renferment les fumées et pourquoi sont‑elles particulièrement préoccupantes ?
Les fumées d’incendie de végétation sont un mélange complexe de particules et de gaz. Elles contiennent notamment :
- des particules fines (PM2,5 et PM10) et des particules ultrafines (<0,1 µm) ;
- du monoxyde de carbone (CO) ;
- des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et d’autres composés organiques volatils (COV) ;
- des oxydes d’azote (NO2) et du dioxyde de soufre (SO2) en fonction du matériau brûlé.
Selon les autorités sanitaires, à concentration égale en PM2,5, les particules issues de feux de végétation peuvent générer un risque sanitaire de 2 à 10 fois supérieur à celui des PM2,5 d’origine urbaine habituelle. Plusieurs raisons expliquent ce sur‑risque : composition carbonée « fraîche » et fortement réactive (potentiel oxydant élevé), proportion importante de particules très petites ou ultrafines capables de pénétrer profondément dans les poumons (et parfois dans la circulation sanguine), et présence de polluants toxiques supplémentaires si des bâtiments ou véhicules brûlent (métaux lourds, produits de synthèse, etc.).
À quelle distance et pendant combien de temps les fumées peuvent‑elles affecter l’air ?
La dispersion dépend des vents, des précipitations et de la verticalité des panaches. En pratique :
- des particules fines et certains composés (benzène, HAP, cyanure d’hydrogène) peuvent être transportés sur des centaines, voire des milliers de kilomètres ;
- l’ozone se forme en atmosphère secondaire et peut affecter des zones éloignées du foyer ;
- les particules plus grossières (PM10) retombent plus vite et restent surtout en proximité du feu.
La durée d’exposition locale peut aller de quelques heures à plusieurs jours ou semaines selon la persistance des foyers et les conditions météorologiques. Les cartes et mesures d’ATMO Nouvelle‑Aquitaine permettent de suivre en temps réel l’évolution de la qualité de l’air, mais les indices classiques peuvent sous‑estimer le risque spécifique lié aux fumées.
Qui est le plus vulnérable et quels sont les signes d’alerte à surveiller ?
Les populations les plus à risque identifiées par les autorités sont :
- les personnes atteintes de maladies respiratoires ou cardiovasculaires chroniques (asthme, BPCO, insuffisance cardiaque, coronaropathie) ;
- les personnes âgées, les nourrissons et les jeunes enfants ;
- les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées ;
- les personnes exposées de façon professionnelle, notamment les pompiers engagés sur les feux.
Signes nécessitant une attention médicale : essoufflement inhabituel, aggravation d’un asthme ou d’une BPCO, douleurs thoraciques, malaise important, maux de tête persistants, vertiges. Pour une simple gêne nasale ou une odeur désagréable, les autorités indiquent qu’il n’est pas nécessaire de contacter le SAMU systématiquement.
Risques spécifiques pour les femmes enceintes et les jeunes enfants
Les données disponibles indiquent des associations entre exposition aux PM2,5 d’origine incendies et des issues périnatales : diminution moyenne modeste du poids de naissance et augmentation du risque de naissance prématurée pour des accroissements de PM2,5. Les estimations chiffrées publiées (par exemple liées à une hausse de 5 µg/m³ de PM2,5) doivent être interprétées avec prudence : il est difficile de séparer l’effet direct des fumées des autres facteurs liés à un incendie (stress, évacuation, conditions de vie perturbées).
Pour les nourrissons et les jeunes enfants, la vulnérabilité tient à leur système respiratoire en développement et à leur fréquence respiratoire plus élevée, qui augmentent la dose de polluants reçue par kilogramme de poids corporel.
Effets rapportés chez les pompiers et dans la population générale
Chez les intervenants exposés directement aux fumées, les effets respiratoires aigus sont les mieux documentés : toux, irritation, diminution temporaire de paramètres de la fonction respiratoire, et réponse inflammatoire. Des symptômes ORL, oculaires et dermatologiques sont aussi observés. L’exposition répétée ou intense soulève des questions pour des conséquences à long terme, et la profession de pompier est classée comme cancérogène (groupe 1) par le CIRC — ce classement porte sur l’activité professionnelle globale et signale un risque accru pour certains cancers rapportés (parmi lesquels le mésothéliome et le cancer de la vessie selon les données évaluées par le CIRC).
Dans la population générale, l’exposition aux fumées est associée à une augmentation des consultations et hospitalisations pour exacerbations d’asthme, BPCO, bronchites et infections respiratoires, ainsi qu’à une hausse des recours aux urgences pour dyspnée et angoisse lors des épisodes intenses. Des liens avec des épisodes cardiaques aiguës et des troubles psychiques sont décrits dans la littérature, mais ils sont plus difficiles à isoler et attribuer exclusivement aux fumées.
Mesures pratiques pour réduire l’exposition chez vous
Les autorités recommandent des mesures simples et efficaces pour limiter l’inhalation de fumées :
- réduire au maximum les sorties et éviter toute activité physique intense à l’extérieur ;
- fermer portes et fenêtres, arrêter les systèmes de ventilation mécanique (VMC) durant les épisodes importants ; occulter les aérations si besoin ;
- éviter d’utiliser encens, bougies ou autres sources d’émissions à l’intérieur ; maintenir une hygiène de l’air intérieur (dépoussiérage, filtres propres) ;
- pour les personnes vulnérables, porter un masque FFP2 correctement ajusté en cas de sortie indispensable — ce type de masque réduit l’inhalation des particules mais n’est pas une protection contre les gaz toxiques comme le CO ;
- changer ou remplacer le masque lorsqu’il est humide, sale ou difficile à respirer, et au plus tard après une journée d’usage cumulée (environ 8 heures), selon les recommandations disponibles.
La meilleure protection reste d’éviter l’exposition lorsque cela est possible. En cas de symptômes persistants ou inquiétants, il est conseillé de consulter un professionnel de santé.
Que montrent les systèmes de surveillance récents autour des feux en Gironde et Landes ?
Sur la semaine du 20 au 26 juillet 2026, les données de surveillance basées sur les services d’urgence et les associations SOS Médecins ont relevé :
- une augmentation des recours pour crise d’asthme ;
- une tendance à la hausse des passages aux urgences pour dyspnée ou insuffisance respiratoire ;
- une hausse des consultations pour angoisse dans certaines structures locales ;
- pas d’augmentation remarquable des recours pour pathologies cardiaques dans ces jeux de données.
Ces observations doivent être interprétées avec prudence : le dispositif ne couvre pas la médecine de ville et ne recense pas les personnes qui n’ont pas consulté. Les bilans peuvent évoluer avec l’allongement de l’épisode et l’élargissement des sources de données.
Tableau récapitulatif : principaux polluants des fumées et effets possibles
| Polluant | Exemples d’effets décrits |
|---|---|
| PM2,5 / PM10 / particules ultrafines | Irritation respiratoire, exacerbation d’asthme/BPCO, inflammation, atteintes cardiovasculaires possibles |
| Monoxyde de carbone (CO) | Hypoxie, maux de tête, vertiges, risque grave en cas d’exposition élevée |
| HAP et certains COV | Potentiel irritant et mutagène selon la nature et la durée d’exposition |
| Métaux lourds, produits de synthèse (si bâtiments brûlent) | Exposition combinée à des substances toxiques ou cancérogènes selon les cas |
Disclaimer : Cet article résume des données publiées par des agences sanitaires et vise à informer de façon générale. Il ne remplace pas une consultation médicale ni des recommandations officielles personnalisées.
FAQ
- Quels masques protègent vraiment des fumées ?
Les masques FFP2 réduisent l’inhalation des particules (PM2,5/PM10) s’ils sont bien ajustés. Ils ne filtrent pas les gaz toxiques comme le monoxyde de carbone. - Faut‑il évacuer immédiatement si on sent la fumée chez soi ?
Si la fumée est dense à l’intérieur, si vous ressentez des signes d’intoxication (maux de tête, vertiges, perte de connaissance) ou si vous êtes avisés par les autorités, suivez les consignes d’évacuation. Pour une odeur légère sans symptômes, fermer portes et fenêtres et limiter les sorties est généralement recommandé. - Les enfants doivent‑ils porter un masque FFP2 ?
Les recommandations prioritaires ciblent les personnes vulnérables ; le port de masques sur de très jeunes enfants peut être difficile et est souvent déconseillé sans avis pédiatrique. Éviter l’exposition reste la meilleure mesure. - Comment savoir si l’air est sûr chez moi ?
Consultez les cartes et alertes d’ATMO Nouvelle‑Aquitaine ou les communications de l’ARS locale. Sur le plan domestique, une baisse des odeurs et l’absence d’irritation après fermeture des fenêtres sont de bons signes, mais la surveillance officielle reste la référence. - Les pompiers courent‑ils un risque de cancer à cause des fumées ?
La profession de pompier est classée cancérogène (groupe 1) par le CIRC au regard de l’ensemble des expositions professionnelles. Cela signale un risque accru observé pour certains cancers chez la profession, sans pour autant permettre d’attribuer un risque précis à un seul type d’incendie.
Etude publiée dans : Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), ARS Nouvelle‑Aquitaine, Santé publique France.
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