Étude SPF-Anses: pourquoi plus de pesticides dans l’urine et l’environnement des riverains viticoles ?

Étude SPF-Anses: pourquoi plus de pesticides dans l'urine et l'environnement des riverains viticoles ?

L’étude nationale PestiRiv, conduite par santé publique France et l’Anses en 2021-2022, a mesuré l’imprégnation aux pesticides chez des populations vivant près de vignobles et en zones éloignées. Les résultats confirment une exposition plus élevée pour les riverains, surtout pendant les périodes de traitement, et soulèvent des questions sur la réduction de ces expositions et la nécessité d’études complémentaires sur les impacts sanitaires.

Quels sont les principaux résultats observés par PestiRiv ?

PestiRiv a comparé des personnes résidant à moins de 500 mètres de vignes à d’autres habitant loin des cultures, dans six régions viticoles françaises. Les agences signalent notamment :

Maisons proches d'un vignoble montrant la distance jusqu'à 500 mètres
Comparaison entre habitats situés près des vignes et zones éloignées.

Matrice Différences observées
Urines Augmentation de l’ordre de +15 % à +45 % chez les riverains ; jusqu’à +60 % pendant les périodes de traitement
Poussières Taux parfois multipliés par 11 (et jusqu’à ×8 durant les traitements)
Air ambiant Pic pouvant atteindre ×12 en comparaison; jusqu’à ×45 durant les traitements
Cheveux, air intérieur Présence plus fréquente de certaines substances chez les habitants proches des vignes et pendant les traitements

Parmi les substances détectées figurent des produits utilisés en viticulture (ex. folpel, métirame) et d’autres plus largement employés (glyphosate, cuivre, fosétyl-aluminium).

Comment l’étude a-t-elle mesuré l’exposition et que signifient ces mesures ?

PestiRiv a recueilli divers types d’échantillons (urine, cheveux, air intérieur, air ambiant, poussières, aliments de jardin) et des questionnaires sur les habitudes de vie. Ces matrices fournissent des indications différentes :

Technicien préparant des échantillons d'urine en laboratoire pour analyse de pesticides
Prélèvements d’urine et autres matrices utilisés pour mesurer l’exposition.

  • Les analyses d’urine reflètent des expositions récentes et quantifiables à un ensemble de molécules.
  • Les cheveux peuvent documenter une exposition sur une période plus longue que l’urine.
  • Les poussières et l’air mesurent la contamination de l’environnement domestique et ambiant et montrent comment des applications agricoles se retrouvent dans les lieux de vie.

Les auteurs précisent que ces mesures décrivent l’« exposition en vie réelle » des populations, mais ne suffisent pas à elles seules pour établir un lien direct avec des effets cliniques sur la santé.

Quels facteurs influencent l’exposition des riverains ?

L’étude identifie plusieurs éléments qui augmentent l’imprégnation :

  • la quantité de produits appliqués dans les parcelles voisines,
  • la distance entre le logement et les vignes (proximité accrue = exposition plus élevée),
  • le temps passé à l’extérieur et la durée d’aération du logement.

À l’inverse, certaines pratiques domestiques observées dans l’enquête étaient associées à des niveaux plus faibles de contamination : se déchausser en entrant, nettoyer le logement régulièrement, faire sécher le linge à l’intérieur lors des traitements, disposer d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC), ou éplucher les fruits et légumes du jardin.

Quelles recommandations pratiques et quelles mesures publiques proposent Anses et Santé publique France ?

Sur la base des résultats, les agences proposent des pistes pour réduire l’exposition des riverains :

  • limiter l’utilisation des produits phytopharmaceutiques au strict nécessaire ;
  • informer les habitants avant les traitements (pour permettre, par exemple, de fermer les fenêtres ou de rentrer le linge) ;
  • préconiser des pratiques domestiques simples réduisant les transferts à l’intérieur des logements.

Les agences insistent sur la prudence : même si les rapports d’exposition mesurés restent, selon elles, compatibles avec les marges prises en compte lors des autorisations de mise sur le marché, il est conseillé de réduire autant que possible les usages pour protéger la santé publique et l’environnement.

Que manque-t-il encore pour savoir si ces expositions entraînent des risques sanitaires ?

PestiRiv fournit des données solides sur l’exposition, mais ne permet pas à elle seule d’établir des liens causaux avec des maladies. Les points soulevés par les agences :

  • il faut croiser les mesures d’exposition avec des données d’usage réelles des pesticides pour mieux comprendre les transferts dans l’environnement ;
  • des études complémentaires sont nécessaires pour relier les niveaux d’imprégnation observés à des indicateurs cliniques ou épidémiologiques de santé ;
  • à terme, l’objectif est d’évaluer les risques chroniques éventuels liés aux expositions post-autorisation.

Disclaimer : cet article résume les conclusions et recommandations rendues publiques par Santé publique France et l’Anses. Les résultats décrits portent sur des mesures d’exposition et ne constituent pas une évaluation directe des risques sanitaires individuels. Pour des conseils personnalisés, consultez un professionnel de santé ou les autorités compétentes.

FAQ

  • Qui a réalisé l’étude PestiRiv et quand ?
    Elle a été conduite en 2021-2022 par Santé publique France et l’Anses, dans six régions viticoles françaises.
  • Les riverains sont-ils « contaminés » de façon dangereuse ?
    L’étude montre une imprégnation plus élevée chez les personnes vivant près des vignes, mais elle ne permet pas de conclure sur des effets cliniques directs. Les agences appellent à des études complémentaires.
  • Que puis-je faire si je vis près de vignes ?
    Les mesures simples relevées dans l’étude incluent fermer les fenêtres lors des traitements, rentrer le linge, se déchausser en entrant, nettoyer régulièrement et, si possible, utiliser une VMC.
  • Les résultats concernent-ils seulement la vigne ?
    Les auteurs estiment que certaines conclusions sont extrapolables à d’autres cultures, car des substances mesurées sont utilisées au-delà de la viticulture et des études internationales montrent des tendances comparables.
  • Les valeurs mesurées dépassent-elles les limites réglementaires ?
    Les responsables indiquent que les niveaux constatés semblent compatibles avec les marges prises en compte lors des autorisations de mise sur le marché des produits, mais ils recommandent de limiter l’usage des produits phytopharmaceutiques.

Etude publiée dans Santé publique France et l’Anses.

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