L’omniprésence des écrans soulève des questions fréquentes en pharmacie : faut‑il craindre une « addiction aux écrans » ? Comment repérer un usage qui nuit à la vie quotidienne ? Cet article explique, sans alarmisme, ce que disent les classifications et les experts, comment identifier des pratiques problématiques et quel rôle concret peut tenir le pharmacien auprès des patients et des familles.
Sommaire
Qu’entend‑on par « addictions comportementales » et que dit la classification officielle ?
Le terme « addiction comportementale » regroupe des usages variés qui peuvent prendre une place excessive sans impliquer de substance (jeux vidéo, achats compulsifs, usages sexuels, etc.). Il existe encore des débats sur la définition précise de ces troubles. En revanche, une reconnaissance formelle existe pour le trouble du jeu vidéo : il figure dans la 11e révision de la Classification internationale des maladies (CIM‑11).
Important : ce n’est pas l’objet « écran » qui est « addictif » en soi, mais certaines activités conduites via des écrans qui, chez certaines personnes, peuvent devenir problématiques.
Pourquoi la durée d’écran ne suffit pas pour juger un problème
Se focaliser uniquement sur le nombre d’heures passées devant un écran masque l’essentiel. Les professionnels de santé privilégient l’observation de la « relation » à l’activité numérique : quel rôle l’activité occupe‑t‑elle dans la vie de la personne ? A‑t‑elle des conséquences concrètes ?
Signes de retentissement possibles (souvent concordants) :
– perturbation du sommeil ;
– baisse de l’activité physique ;
– difficultés scolaires ou professionnelles ;
– isolement social et tensions familiales ;
– troubles de l’humeur (anxiété, symptômes dépressifs).
Ces conséquences ne signifient pas automatiquement qu’il y a addiction au sens clinique, mais elles signalent un besoin d’évaluation et d’accompagnement.
Réseaux sociaux et jeunes : mécanismes et vulnérabilités
Les réseaux sociaux activent des ressorts psychologiques puissants : gratification immédiate, comparaison sociale, et la peur de manquer quelque chose (FOMO). Chez des adolescents déjà fragiles, ces mécanismes peuvent favoriser une montée de l’usage au détriment d’activités essentielles (sommeil, études, relations réelles).
Chez les jeunes, ce qui alerte davantage n’est pas tant le temps passé que :
– la perte d’intérêt pour d’autres centres d’intérêt ;
– la chute des performances scolaires ;
– des difficultés de concentration liées à des nuits écourtées ;
– une baisse marquée de l’estime de soi liée aux comparaisons en ligne.

Comment le pharmacien peut‑il intervenir au quotidien ?
Le pharmacien est souvent un interlocuteur accessible pour repérer des situations à risque et proposer des mesures simples. Son rôle est principalement d’orientation, de prévention et d’intervention brève : écouter, poser des questions utiles et proposer des mesures de réduction des risques.
Questions courtes et utiles à poser (adaptées au contexte et à l’âge) :
– Les écrans perturbent‑ils le sommeil ou les devoirs ?
– Avez‑vous/ votre enfant renoncé à des activités habituelles à cause du numérique ?
– Y a‑t‑il des tensions familiales liées à l’utilisation d’un appareil ?
Actions concrètes possibles en officine :
– suggérer des règles simples de déconnexion (par ex. pas d’écrans dans la chambre la nuit) ;
– proposer des alternatives d’activité (sports, loisirs collectifs) ;
– orienter vers le médecin traitant, un psychologue ou une consultation en addictologie si les conséquences sont importantes ;
– rappeler que l’objectif est le mieux‑être et non la stigmatisation.

Repères pratiques : signes d’alerte et réponses adaptées
| Signes observés | Réponse pratique du pharmacien |
|---|---|
| Sommeil très perturbé | Conseiller la « sanctuarisation » du sommeil (pas d’écran 1h avant le coucher), orienter vers le médecin si insomnie persistante |
| Baisse des résultats scolaires ou professionnelles | Inviter à discuter avec le médecin traitant ; proposer un bilan des habitudes numériques |
| Isolement social ou conflit familial récurrent | Suggérer des activités familiales sans écrans et, si nécessaire, orientation vers un psychologue |
| Usage fréquent malgré conséquences négatives | Envisager une évaluation spécialisée en addictologie |
Prévention : restaurer les facteurs protecteurs plutôt que tout interdire
Limiter strictement le temps d’écran peut être utile, mais la prévention la plus efficace vise à renforcer les protections : un bon rythme de sommeil, des interactions humaines de qualité, et des compétences psychosociales (gestion des émotions, estime de soi, capacités relationnelles). Pour les familles, l’accent peut être mis sur des règles cohérentes, l’exemplarité des adultes et la mise en place d’alternatives attractives.
Avant d’appeler cela « addiction », il faut chercher à comprendre les causes sous‑jacentes : ennui, difficulté scolaire, isolement, détresse émotionnelle… L’écran peut révéler une vulnérabilité qu’il convient d’adresser.
Remarque importante : cet article fournit des repères généraux. Il ne remplace pas un avis médical personnalisé.
FAQ
- 1. « Mon enfant passe beaucoup de temps sur son téléphone : est‑ce forcément une addiction ? »
Pas nécessairement. Ce qui importe, c’est si cet usage nuit au sommeil, aux études, aux relations ou au bien‑être. Si ces éléments sont affectés, il convient d’évaluer plus avant et, si besoin, de consulter un professionnel. - 2. « Quels signes doivent pousser à consulter un médecin ou un psychologue ? »
Des changements persistants dans le sommeil, l’humeur, les performances scolaires/travail, ou des comportements d’évitement social sont des motifs raisonnables pour demander une évaluation. - 3. « Que peut faire mon pharmacien pour m’aider ? »
Il peut poser des questions de repérage, donner des conseils pratiques pour réduire les risques (rythme de sommeil, règles familiales), proposer des alternatives et orienter vers le médecin traitant, un psychologue ou une consultation en addictologie. - 4. « Faut‑il interdire les réseaux sociaux aux adolescents ? »
Interdire n’est pas toujours la meilleure solution. Des règles claires, une surveillance adaptée à l’âge et le renforcement d’activités hors écran sont souvent plus efficaces pour préserver la santé et les compétences sociales. - 5. « Le trouble du jeu vidéo est‑il reconnu officiellement ? »
Oui. Le trouble du jeu vidéo est répertorié dans la CIM‑11, la classification internationale des maladies.
Etude publiée dans l’Organisation mondiale de la Santé (CIM‑11).
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