Covid-19 et cancer : forte baisse des diagnostics pendant le pic de la crise sanitaire

Cancer : une chute des diagnostics au  pic de la crise du Covid

La pandémie de Covid-19 a provoqué une chute nette du nombre de diagnostics de cancer durant ses premiers mois : des études comparant les tendances observées avant la crise et pendant 2020 montrent qu’un nombre substantiel de cas n’a probablement pas été détecté dans les mois qui ont suivi le début des restrictions sanitaires. Voici ce que l’on sait, ce qui reste incertain et pourquoi ces chiffres méritent une lecture prudente.

Quelle baisse globale des diagnostics a été constatée pendant 2020 ?

 

En comparant les tendances de 2015 à 2019 avec la période du 1er avril au 31 décembre 2020, les auteurs rapportent qu’il y a eu 55 713 cas de cancers en moins par rapport aux 347 666 cas attendus pour sept localisations étudiées. Autrement dit, les diagnostics observés sur cette période étaient d’environ 291 953 cas, soit une diminution notable par rapport aux prévisions.

Quels types de cancers ont le plus reculé ?

 

Les diminutions varient selon les localisations. Parmi les sept cancers analysés (côlon, rectum, poumon, prostate, sein, ovaire, mélanome cutané), les baisses les plus marquées ont concerné :

 

 

Cancer Baisse rapportée (période étudiée)
Prostate -24 %
Sein -18 %
Mélanome cutané -18 %
Poumon -8 %
Ovaire -4 %
Côlon / rectum Non précisé dans le résumé

 

Ces chiffres reflètent des pourcentages moyens sur la période étudiée ; ils ne traduisent pas nécessairement une égalité d’impact pour tous les sous-groupes d’âge ou toutes les régions.

Pourquoi certains cancers semblent plus touchés que d’autres ?

 

Les auteurs avancent plusieurs explications plausibles, sans toutefois établir de causalité définitive :

 

    • Interruption ou ralentissement des programmes de dépistage organisés (par exemple le dépistage du sein) pendant les périodes de confinement.

 

    • Moins de consultations médicales de première intention en raison des restrictions, de la réaffectation des services de santé ou de la crainte des patients de contracter le virus.

 

    • Variations dans la résilience des systèmes de santé et la continuité des services diagnostiques entre pays.

 

 

Autrement dit, les différences observées entre localisations tumorales et entre pays peuvent résulter d’une combinaison d’accès réduit au dépistage, de moindre recours aux consultations et de priorisations des ressources hospitalières.

Des différences marquées selon les pays — que signifient-elles ?

 

Quelques tendances internationales apparaissent dans les données : le Royaume‑Uni et l’Irlande ont montré parmi les baisses les plus fortes du nombre de diagnostics, tandis que la Norvège et la Nouvelle‑Zélande ont connu des perturbations plus limitées et un retour plus rapide aux niveaux attendus.

 

Les chercheurs suggèrent que ces écarts pourraient refléter des différences dans :

 

    • l’accès aux soins et aux tests diagnostiques pendant la pandémie,

 

    • la capacité des systèmes de santé à maintenir les services de cancérologie,

 

    • les politiques locales sur les confinements et la gestion des services non urgents.

 

Quels sont les risques et les incertitudes liés à ces retards de diagnostic ?

 

Il est plausible que des diagnostics manqués ou différés aient pour conséquence des prises en charge ultérieures et, potentiellement, des stades de cancer plus avancés au moment du diagnostic. Les auteurs insistent cependant sur le fait que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour vérifier si les patients non diagnostiqués au printemps‑été 2020 ont été rattrapés plus tard et, si oui, à quel stade.

 

Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe avait signalé en février 2021 des interruptions des services de cancérologie dans environ un tiers des pays de la région ; son directeur pour l’Europe a qualifié l’impact de la pandémie sur le traitement du cancer de « catastrophique », soulignant l’ampleur des perturbations rapportées.

Que retenir pour l’accès aux soins et le dépistage aujourd’hui ?

 

Les éléments étudiés montrent l’importance de maintenir, dans la mesure du possible, la continuité des services de dépistage et de diagnostic, même en période de crise sanitaire. Ils rappellent aussi que la crainte d’être exposé au virus a pu dissuader des personnes de consulter pour des symptômes évocateurs.

 

Les conclusions appellent à :

 

    • surveiller l’évolution des diagnostics et des stades au fil du temps ;

 

    • renforcer les parcours de dépistage et de rattrapage pour les populations susceptibles d’avoir manqué des examens ;

 

    • étudier les méthodes mises en œuvre par les pays ayant le moins souffert de perturbations pour en tirer des enseignements.

 

Disclaimer : cet article présente des éléments généraux tirés d’une synthèse scientifique. Il ne remplace pas un avis médical personnalisé. Si vous avez des symptômes ou des inquiétudes, contactez votre professionnel de santé.

FAQ

 

    • Combien de cancers ont été « manqués » pendant la période étudiée ?
      Les auteurs estiment une diminution d’environ 55 713 diagnostics pour sept types de cancers entre le 1er avril et le 31 décembre 2020, par rapport aux prévisions basées sur les années antérieures.

 

    • Est‑ce que tous les pays ont connu la même baisse ?
      Non. Le Royaume‑Uni et l’Irlande figuraient parmi les pays ayant enregistré les plus fortes réductions, tandis que la Norvège et la Nouvelle‑Zélande ont montré des perturbations moindres et un retour plus rapide aux niveaux attendus.

 

    • Pourquoi le cancer de la prostate et le cancer du sein ont‑ils davantage reculé ?
      Les auteurs évoquent le rôle des programmes de dépistage, des consultations de routine et de l’accès aux services : ces facteurs ont pu être fortement perturbés par les confinements et la réorganisation des soins, ce qui pourrait expliquer des baisses plus marquées pour certains types.

 

    • Ces retards ont‑ils déjà entraîné une augmentation de la mortalité ?
      La synthèse indique une inquiétude légitime, mais précise que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si les diagnostics différés ont conduit à des stades plus avancés ou à une augmentation de la mortalité.

 

    • Que faire si j’ai des symptômes inquiétants ?
      Consultez votre médecin ou les services de santé locaux. Les services de diagnostic ont en grande partie repris leur activité depuis les premières vagues, et il est important de signaler tout symptôme persistant ou nouveau.

 

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