Une étude menée pendant deux ans dans un établissement public de santé mentale du sud‑est de la France dresse un premier panorama des effets indésirables graves (EIG) survenus en hospitalisation psychiatrique. Elle met en lumière des causes récurrentes — iatrogénie et infections — et attire l’attention sur une période particulièrement sensible : les 48 heures suivant l’admission.
Sommaire
Que sont précisément les « effets indésirables graves » étudiés ?
Dans ce travail rétrospectif, les EIG regroupent deux événements cliniques majeurs survenus lors d’une hospitalisation psychiatrique : les décès inattendus et les transferts non planifiés vers les services d’urgences. Ces événements ont été recensés durant une période de 24 mois et analysés selon leurs causes possibles et leurs contextes d’apparition.
Quelle est l’ampleur du phénomène dans l’établissement étudié ?
Sur 2 255 admissions en hospitalisation à temps plein entre 2022 et 2023, les chercheurs ont identifié 144 EIG, soit environ 6,4 % des admissions. Parmi eux, 137 ont entraîné un transfert aux urgences (95 %) et 7 se sont soldés par un décès inattendu (5 %). Les auteurs signalent aussi que près d’un cinquième des EIG (environ 20 %) surviennent durant les 48 premières heures après l’admission.
Quelles causes ont été retrouvées et avec quelles proportions ?
Les deux grandes catégories de causes rapportées sont :
- les événements iatrogènes (dus aux soins ou aux médicaments) : 59 des 144 EIG (41 %) étaient suspectés ou jugés probablement iatrogènes, et globalement une iatrogénie a été identifiée dans environ la moitié des EIG selon les auteurs ;
- les infections : 55 des 144 EIG (38 %).
Pour les infections, la moitié provenait d’une atteinte pulmonaire (29 des 55), suivie par des foyers urinaires, digestifs et cutanés.
Quel rôle jouent les psychotropes dans ces événements ?
Le signal le plus net concerne les troubles de la vigilance liés aux traitements. Les benzodiazépines ont été impliquées dans 39 % des EIG étudiés ; l’association benzodiazépines + neuroleptiques dans 22 % des cas, et les neuroleptiques seuls dans 28 %. Parmi les EIG attribués à une iatrogénie, environ un tiers associait troubles de la vigilance et pneumopathies d’inhalation, et un tiers correspondait à des troubles de la vigilance isolés. Les auteurs n’affirment pas de lien de causalité définitif, mais ils soulignent une association fréquente entre sédation médicamenteuse et complications respiratoires.

Quelle gravité clinique ont ces EIG ?
La moitié des EIG (51 %) étaient décrits comme des urgences vitales. Les principales défaillances observées étaient respiratoires (47 %), neurologiques (19 %) et multiviscérales (14 %). Une cause infectieuse a été identifiée dans 42 % des urgences vitales. La mortalité après un EIG était non négligeable : 10 % à un mois et 16 % à six mois. Les décès à un mois étaient statistiquement associés aux troubles liés à l’usage d’alcool et à la présence d’une urgence vitale à l’admission, selon les auteurs.
Pourquoi les 48 premières heures après l’admission sont-elles soulignées ?
Les chercheurs proposent deux explications possibles à la concentration d’EIG durant les deux premiers jours :

- une orientation initiale inadaptée ou une évaluation somatique insuffisante avant ou au moment de l’admission,
- l’administration plus intensive de psychotropes (notamment en phase aiguë), avec des posologies élevées susceptibles d’augmenter le risque de sédation excessive.
Dans l’établissement étudié, l’examen somatique était réalisé par un médecin généraliste pendant les heures ouvrables et par le médecin de garde en dehors ; pour les admissions sous contrainte, un examen somatique systématique était obligatoire.
Quelles améliorations organisationnelles les auteurs recommandent‑ils ?
Pour renforcer la sécurité des patients hospitalisés en psychiatrie, les auteurs suggèrent plusieurs axes adaptés au contexte observé :
- renforcer la surveillance durant les 48 premières heures après l’admission ;
- accentuer la prévention de l’iatrogénie médicamenteuse, en particulier la gestion des psychotropes (posologie, associations, surveillance respiratoire) ;
- formaliser des protocoles conservatoires et des procédures locales, ainsi que dispenser une formation spécifique au personnel soignant sur la détection des signes somatiques critiques ;
- améliorer la coopération avec les services d’urgences et le SAMU de rattachement, surtout pour les établissements monodisciplinaires et éloignés d’un hôpital général.
Les auteurs suggèrent enfin qu’une étude prospective multicentrique serait utile pour préciser les mesures de prévention efficaces et adaptées à différents types d’établissements psychiatriques.
Disclaimer : ces informations résument les résultats d’une étude rétrospective menée dans un seul établissement et reflètent les conclusions rapportées par ses auteurs. Elles ne remplacent pas un avis médical ni une évaluation clinique personnalisée.
FAQ
- Qu’est‑ce qu’un EIG en psychiatrie ?
Dans cette étude, il s’agit d’un décès inattendu survenu pendant l’hospitalisation ou d’un transfert non programmé vers les urgences. - Les benzodiazépines sont‑elles responsables des complications observées ?
Les benzodiazépines ont été impliquées dans un grand nombre d’EIG (39 %), notamment via des troubles de la vigilance. L’étude rapporte une association fréquente, sans pour autant établir une causalité formelle. - Les infections sont‑elles fréquentes en hospitalisation psychiatrique ?
Dans la série étudiée, les infections représentaient 38 % des EIG, les poumons étant le site le plus fréquent. Les infections ont aussi été une cause majeure des transferts non vitaux. - Que change cette étude pour l’organisation des soins ?
Les auteurs recommandent une surveillance renforcée dans les 48 premières heures, des protocoles pour limiter l’iatrogénie, une formation du personnel et une meilleure coordination avec les services d’urgences. - Faut‑il craindre l’hospitalisation psychiatrique pour un proche ?
Cette étude souligne des risques graves mais reste limitée à un centre et à une période donnée. Si vous avez des inquiétudes, parlez‑en avec l’équipe soignante qui pourra expliquer les mesures de surveillance et de sécurité mises en place.
Etude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), 7 juillet 2026.
Articles similaires
- Quel traitement pour soigner un trouble du sommeil ?
- Première consultation médicale au Québec : comment procéder ?
- Covid-19 et cancer : forte baisse des diagnostics pendant le pic de la crise sanitaire
- Quel impact l’insomnie, l’apnée et les cauchemars ont-ils sur le cerveau ?
- Le mariage réduit-il le risque de cancer ?

Emma est une passionnée de bien-être et de santé, spécialisée dans les astuces minceur et le développement personnel.